Edition N° 609 du 17 février 1999
Le fond de l’air.
Carnaval blanc
Une fois n’est pas coutume, les belges n’auront pas à s’expatrier pendant ces congés scolaires du Carnaval, ils trouveront la neige à suffisance dans les Ardennes, et spécialement dans l’Est du côté de Signal de Botrange, Ovifat et autre Elsenborn.
Les professionnels du tourisme ont enfin l’occasion de travailler à 100% de leurs investissements (risqués en Belgique). Grand bien leur fasse, ils pourront ainsi se préparer à d’autres hivers grincheux qui ne laissent souvent que quelques boues sales sous les pieds des fondeurs.
C’est donc une belle file de voiture qui descendait vendredi soir vers le Sud le long de la E411 à partir de Bruxelles et si ce n’était pas vraiment la bousculade, beaucoup plus que d’habitude ont réservé pour plusieurs jours. Jusqu’à 60 cm de neige les attendaient, et en prime un beau soleil qui allonge les journées jusque vers 18h15. Appréciable.
A Binche les soumonces ont commencé dans le froid. Mais dés dix heures mardi gras, le ciel s’est dégagé. Et pour le cortège c’est un franc soleil qui a accueilli le Roi et la Reine venus apprécier le plus vieux carnaval de Belgique. Et rendre hommage à la centenaire société des Récalcitrants.
C’est au cours de cette APM que la couverture de neige a complètement fondu dans le Brabant, découvrant une terre sale et boueuse, par contraste. On était si bien en blanc.
Sitôt dit, sitôt fait, la neige s’est remise à tomber dans la nuit et toute la matinée du mercredi des cendres, ramenant sur le paysage un drap de lit tout neuf, mais bien fragile. Une dernière offensive désespérée qui annonce les premières giboulées. Monsieur Carnaval n’a-t-il pas la mission de tuer le bonhomme hiver ? C’est bien parti en tout cas d’après la météo qui annonce pour dans 24 heures des tepératures diurnes qui vont frôler les 10°C.
Ressources météo: Météo Services (Belgium) Voir détail en fin d’édition.
Les photos de la semaine
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Carnaval de Binche Hainaut Belgique Belgium
Le grand classique des carnavals de Belgique, Binche vit trois jour au rithme de son carnaval. Et fête les 100 ans de la première société carnavalesque, la Société Royale des Récalcitrants.
Photos Catherine Henry.
L’actualité des derniers jours
L’épuisante querelle communautaire
Dialogue de sourds à l’émission de la RTBF “Mise au point” de ce dimanche. Van de Lanotte essayant en vain d’expliquer le point de vue flamand de la territorialité, Chabert, flamand, bruxellois et parfait bilingue essayant de défendre, au risque de subir les foudres de plus nationalistes, l’autonomie de Buxelles, et Charles Piqué, Bruxellois et francophone (président de la Région bruxelloise d’ailleurs) concluant que si les flamands voulaient quitter la Belgique (divorcer), il n’emporteraient pas le bébé bruxellois. On aura appris que les choses ne sont pas claires et que derrière toutes les tentatives maladroites d’explication, il y a des intentions pas vraiment transparentes dans un océan de non-dit. Le Wallon moyen en tout cas y perd un peu de son latin (mâtiné de celte) et dans la rue avoue franchement qu’il n’ira pas mourir pour Bruxelles. Car il est évident que Bruxelles est Bruxelles, ni wallonne ni flamande. Alors si on propose la cogestion des deux communautés sur Bruxelles, outre l’aspect absurde et invivable de la situation, c’est le branle-bas de combat.
Notre chroniqueur flamand vous expliquera bien mieux les enjeux des dernières revendications de la commission des réformes institutionnelles du parlement flamand. Voir ci-dessous.
Les adieux encourageants de Fons Verplaets
C’était la présentation du dernier rapport de la Banque Nationale de Belgique, avant de passer le relais à la banque européenne pour le bilan 1999. C’était aussi en quelque sorte les adieux de son président, Fons Verplaets, qui aura lutté pendant une belle série d’années pour amener le franc belge à l’Euro avec succès, en bridant l’inflation et en attachant coûte que coûte le wagon BEF à la locomotive DEM.
Et pour la dernière fois, c’est un bilan positif et encourageant que nous présente ce grand trésorier. La dette publique est enfin en décroissance et le mouvement ne peut que s’accentuer si on maintient le cap, car c’est la mise en garde qu’on nous fait. Si on veut préserver le système des pensions, l’effort d’assainissement budgétaire doit se poursuivre et le déficit ne peut pas excéder 1.6%. Dans cette hypothèse, nous retrouverons une marge de manoeuvre dès 2002 ou 2003. Grâce aussi à la chute spectaculaire des taux d’intérêt, et à l’effort fiscal consenti par une bonne partie des belges. Les autres estimant que la fraude fiscale est un acte de légitime défense.
Billet de Flandre
une revue hebdomadaire de la presse flamande.
Zondag, 14 februari 1999.
Staatshervorming (Réforme de l’Etat) – suite
Dans ma recherche de documents sur des explications au cheminement intellectuel des flamands sur la reforme de l’Etat, j’ai retrouvé un document qui date déjà (juin 1998) mais qui est une bonne analyse faite par Derk Jan Eppink parue dans un mensuel : Internationale Spectator qui est distribué aux Pays Bas et en Flandre. L’auteur est également rédacteur politique au De Standaart.
Je vous livre ici un condensé (traduit), qui peut être considéré comme un point de vue modéré et une analyse assez correcte faite par la Flandre sur la Belgique. Le titre en soi est accrocheur mais montre directement l’essentiel du sujet.
De scheiding der Belgen (le divorce des belges)
« Peu d’états en Europe sont aussi fragiles mais en même temps coriaces que la Belgique. L’état belge et ses institutions ont eu à digérer pas mal d’événements qui ont attaqué la crédibilité de son système politique, mais l’état semble suffisamment flexible pour retrouver à chaque fois son équilibre. L’auteur cite quelques événements comme l’assassinat de André Cools, le scandale Augusta, l’affaire Dutroux, la bande de Nivelles et le processus permanent de la transformation de la Belgique.
La Belgique devient politiquement et administrativement un concept de plus en plus étroit et la question fondamentale est : que reste-t-il de l’Etat Belgique ?
L’auteur pense qu’une partie de nos problèmes viennent d’un ensemble d’équilibres instables formant l’état belge dans lequel chaque groupe est très attentif à garantir ses propres intérêts et de placer ses pions à des positions clés. Ces groupes sont d’une part les flamands et les francophones, les grandes familles politiques (chrétiens-démocrates, socialistes et libéraux) et les croyants contre les libre penseurs. Ces trois lignes de rupture sont ancrées politiquement, socialement et économiquement dans l’histoire de la Belgique et se retrouvent et se croisent fréquemment. Chaque nomination est par définition un casse tête, spécialement au niveau fédéral, où chaque groupe vérifie si le candidat peut occuper le poste. Il en résulte que notre gestion est automatiquement (très) politisée.
Après 23 ans de recherche de nouveaux équilibres on aurait pu croire que la révision de l’Etat en resterait là avec ses 3 Régions, 3 Communautés, 6 gouvernements, 6 Parlements et environ 40 ministres.
Beaucoup d’observateurs et politiciens on cru que la formule de 1993 était la forme définitive, il n’en est rien. En fait le Gouvernement Dehaene a imposé une paix communautaire pour pouvoir se consacrer à l’entrée de la Belgique dans l’Union Monétaire.
Après l’entrée de la Belgique dans la classe de l’Union Monétaire, le gouvernement a perdu son argument de faire patienter les dossiers communautaires et la Belgique a perdu un des ses points de liaison : la politique monétaire et le Franc belge.
Le thème communautaire devait donc revenir sur le tapis à l’approche des élections, car on doit renégocier les clés de répartition des finances, les flamands et les francophones doivent discuter ‘gros sous’.
Le flamands estiment en effet que, étant donné qu’il apportent une part importante des fonds, ils peuvent exiger des contreparties et recherchent des ensembles cohérents de compétence. Seulement la Flandre n’est pas homogène dans ses prétentions : en classant les partis politiques sur une échelle de valeur en ce qui concerne l’autonomie de la Flandre on constate l’ordre suivant : SP,CVP, VLD, VU, Vlaams Blok.
Les socialistes flamands ont trouvé un compromis interne pour le transfert des allocations familiales et les soins de santé. Au CVP (le parti flamand le plus important), on veut bien aller un peu plus loin et augmenter l’autonomie fiscale de la Flandre. Pour rappel l’Etat fédéral aujourd’hui encaisse 91 % des moyens financiers et l’autonomie des états fédérés ne repose que sur les taxes radio-tv et les droits de succession. Le CVP estime que la Flandre doit pouvoir encaisser directement plus de fonds. Les libéraux (VLD) poussent cette autonomie encore plus loin en estimant que la Flandre devrait encaisser directement les impôts sur les personnes physiques (IPP) et l’impôts des sociétés (ISOC). La Volksunie est encore plus exigeante et demande une autonomie totale de gestion et le partage des moyens financiers y afférents. Le Vlaams Blok enfin demande la fin de l’Etat belge et la proclamation de l’Etat Flamand.
Du côté francophone on est inquiet de devoir faire une nouvelle négociation communautaire mais on y est bien forcé si l’on veut obtenir un accord sur les nouvelles clés de répartition des finances.
L’auteur explique ensuite longuement que la Belgique évolue économiquement à deux vitesses sur le plan économique et énumère les indicateurs économiques pour la Flandre et l’ensemble Bruxelles/Wallonie. Il signale également que des dissensions se font de plus en plus sentir entre la Région Bruxelles et le Wallonie car Bruxelles (libérale) est de moins en moins disposée à subsidier la Wallonie (socialiste) (dossiers enseignement, culture et RTBF). L’auteur estime que la frontière linguistique est devenu aussi une frontière politique et une frontière économique.
A noter également que l’auteur estime que l’on confond beaucoup de termes comme fédéralisation là où on devrait parler de défédéralisation. Comme le mot séparation est trop chargé politiquement on parle de régionaliser ou de communautariser. Souvent on utilise à tort et à travers des termes de confédéralisme, fédéralisme et séparatisme. Et de rappeler que ce genre de confusion existait déjà au dernier débat (en 1830) dans le Parlement du Royaume des Pays-Bas Unis relatif à la séparation entre le Nord et le Sud, où le concept de séparation ne signifiait pas la même chose suivant les partis hollandais ou belges. A l’époque on disait « Restons unis sous un seul système dynastique mais séparons ce qui ne peut rester uni » Cette formule n’a pas vu le jour malgré le vote favorable car les faits à Bruxelles on conduit à une séparation définitive ( ?). Et l’auteur de préciser que la Belgique est née d’un malentendu et pourrait se terminer dans un malentendu…
Le cas de Bruxelles est un élément important tant pour les flamands que pour les francophones qui unit autant qu’elle divise les belges. Bruxelles a un rayonnement commercial, économique et européen important que la Flandre a moins et la Wallonie pas du tout. Bruxelles donne à la Belgique une plus-value et un visage. La Flandre sans Bruxelles est seulement une région et la Wallonie est économiquement en faillite sans Bruxelles. Le gouvernement flamand en est d’ailleurs très conscient et n’a pas placé pour rien toutes ses institutions à Bruxelles, ses fonctionnaires et sa ‘vitrine culturelle’. La Wallonie par contre a déplacé son gouvernement dans une ‘petite ville de province’, ce que la classe politique aujourd’hui considère comme une erreur stratégique.
L’auteur prétend que l’équilibre de Bruxelles est tellement complexe qui lui donnent ce statut de ‘quasi Région’ est tel que la Belgique n’existerait plus si Bruxelles n’avait pas existé. Et à chaque débat sur le séparatisme la question surgit que fait-on de Bruxelles ? Et comme personne n’a la solution, la Belgique continue d’exister comme enveloppe de Bruxelles. Il rappelle également que les ‘facilités’ ont été octroyées dans l’esprit des flamands comme ‘un instrument temporaire pour faciliter l’intégration’ alors que du côté francophone c’est ‘un droit permanent qui autorise une ségrégation socio-culturelle qui a terme doit conduire a une annexion des 6 communes à Bruxelles en grande majorité francophone. Pour la Flandre la frontière linguistique a reçu entre-temps un statut de frontière d’état interne et de ce fait il n’est plus question de discuter de sa modification.
L’avenir de la Belgique.
Derk Jan Epping prédit un avenir difficile pour la Belgique sur le plan politique et sur le plan institutionnel. Sur le plan politique, il pense qu’il ne sera plus possible de constituer un gouvernement fédéral ‘symétrique’ car il pense que l’opposition en Wallonie (centre-gauche) se tournera de plus en plus vers Ecolo tandis que dans la Flandre (centre-droite) elle se tournera vers le Vlaams Blok. Ce qui signifiera qu’on devra rechercher de nouvelles majorités qui pourraient amener un gouvernement ‘asymétrique’. Sur le plan institutionnel, il voit deux scénarios: une séparation relative et une séparation absolue (le divorce).
Dans le premier cas la Belgique est ‘vidée de sa substance’ par l’Europe (qui reprend des compétences nationales (la monnaie : l’Euro et l’armée : l’Eurokorps) et par les états fédérés qui reprendraient une série de compétences. La Belgique ne serait plus qu’un état ‘boite postale’- une maison vide qui continuerait d’exister parce qu’il y a Bruxelles comme lien et parce qu’on vit dans une Europe d’états. L’Etat belge continuerait d’exister parce qu’une division formelle du pays serait un problème européen. La Belgique garderait 3 points communs : Bruxelles, la dette nationale et la Maison Royale.
L’autre scénario est un divorce total parce qu’on ne voudra plus vivre ensemble dans un Etat belge. Il faudra constater lors des prochaine négociations de réforme de l’Etat si cette volonté existe encore. Si l’on constate qu’il n’y a plus d’intérêt commun on aura une crise très profonde mais personne ne pourra prédire ce qui arrivera. La Flandre pourra t’elle continuer avec Bruxelles et comment ? Bruxelles est une enclave dans le territoire flamand et dépendante économiquement de la Flandre mais est francophone de culture et politiquement. La Flandre ne sait pas se passer de Bruxelles. D’autre part la Wallonie avec sa part de la dette nationale n’est pas viable économiquement et irait droit à la faillite.
On se trouvera devant un précipice dont personne ne connaîtra la profondeur.
On devra donc opter pour une ‘séparation relative’ car si par accident (qui n’est pas à exclure) on arriverait à une séparation totale alors la Belgique sera un problème européen. Et à cette question les Pays-Bas n’ont pas encore pensé contrairement à la France. »
Voilà, je sais que c’est un peu long, mais il était difficile de concentrer plus cet article (qui fait 8 pages A4), sans perdre une partie de son raisonnement. L’auteur a des phrases dures tant pour la Flandre que pour les francophones, mais il ne masque pas la réalité, c’est à dire qu’en finale on est forcé de s’entendre entre nous, sans haine, sur un partage financier puisque les deux communautés veulent une plus grande autonomie. Il faudra trouver un ‘modus vivendi’ qui ne sera pas facile… Espérons que nos politiciens resteront suffisamment réalistes et ne se laisseront pas entraîner dans une démagogie facile mais qui aura des conséquences désastreuses.
A bientôt / Tot kijk
Thyl Ulenspiegel
Pour plus d’informations
Journal radio RTBF de ce mercredi 10 février 99 (real audio)
Journal “LE SOIR” “LA” source de l’actualité belge.
Site wallon en wallon mise à jour hebdomadaire. Une référence pour les amateurs de wallon et de Wallonie.
Les journaux du groupe Vers l’Avenir. Information très régulière, professionnelle, de grande valeur. Un must pour les “sportifs”, c’est à dire ceux qui s’intéressent aux résultats sportifs.
Enfin, avec les mêmes moyens que wallonie.com, mais avec une information complémentaire, à Radio belche par mon confrère Laurent Schumacher.
Les belges dans le monde: courrier
Belges du bout du monde (et de Belgique), notre antenne vous est ouverte, votre petit mail sera publié, dites-nous comment vous vivez et le temps qu’il fait chez vous. (avec votre accord évidemment) !
[...] surproduction … Billet de Flandres: Bataille pour les listes européennes, vaudeville au CVP. Edition N° 609 du 17 février 1999 L’épuisante querelle communautaire. Billet de Flandres: Staatshervorming (Réforme de [...]
Par Bienvenue sur WallonieWeb « Wallonieweb’s Blog le novembre 28, 2008
à 7:03